Photo : Hugues Albert

Les producteurs de lait du Québec sont en état de choc depuis dimanche soir, soit au moment où ils ont appris qu’ils subiront des pertes importantes de revenus en raison de la brèche ouverte par les États-Unis dans le système de gestion de l’offre qui les protégeait adéquatement. Ils accusent Ottawa de les avoir sacrifiés pour conclure un traité de libre-échange qu’ils qualifient d’inéquitable.

Selon Gabriel Belzile, président du syndicat des producteurs du Bas-Saint-Laurent, l’Accord États-Unis – Mexique – Canada (AEUMC) va bien au-delà d’une ouverture supplémentaire dans la gestion de l’offre.

« La confiance en notre gouvernement fédéral est à son plus bas. Pour le Bas-Saint-Laurent, cet accord signifie une perte de 31 M $. Est-ce qu’on peut se permettre de perdre autant ? Nous faisons virer l’économie. Le gouvernement fédéral vient de donner aux Etats-Unis toute possibilité de développement de marché dans nos fermes laitières. Ça n’a pas de sens. Les producteurs laitiers font vivre les petits villages. Au Bas-Saint-Laurent, la gestion de l’offre représente 55 % des revenus agricoles. De tels accords vont finir par décourager la relève. »

M. Belzile ajoute que cette brèche s’ajoute aux deux autres que les producteurs ont eu à subir au cours des dernières années dans le cadre de l’accord avec l’Union Européenne et du Partenariat Trans-Pacifique (PTP). À la Fédération des producteurs de lait du Québec, on affirme qu’il ne pouvait pas y avoir pire entente.

L’accord prévoit une ouverture de 3,59 % du marché du lait et des produits laitiers canadiens aux Américains. Pourtant, le gouvernement Trudeau avait promis à plusieurs reprises qu’il ne concéderait rien dans la gestion de l’offre. Ces 3,59 % s’ajoutent aux 2 % cédés lors du traité avec l’Europe et 3,2 % dans le cadre du Partenariat Trans-Pacifique pour une perte de près de 9 % de revenus des producteurs laitiers. Pour illustrer cette brèche, les producteurs produisent du lait 365 jours par année. Ils ont ainsi perdu pas moins de 30 jours de leurs revenus.

Mais ce n’est pas tout, cet accord comprend en outre l’élimination de la classe 7 sur le lait diafiltré, un produit laitier développé aux États-Unis utilisé dans la fabrication industrielle de yogourts, beurre et fromage. Cette classe permettait au Canada d’abaisser les prix du lait diafiltré pour faire en sorte que les transformateurs et les producteurs d’ici choisissent un produit canadien plutôt qu’américain.

Bryan Denis, de Saint-Cyprien, indique que la situation est vraiment désolante. « Je vais retenir mes mots. Nous avions rencontré les députés libéraux fédéraux il y a quelques semaines et ils s’étaient faits rassurants. Avec cet accord, le Canada n’a rien gagné sur rien. On a plutôt sacrifié notre marché laitier. »

Pour sa part, Dave Labrie, de Saint-Cyprien lui aussi, y voir une entente très décevante et inquiétante, qui va faire augmenter davantage le niveau de stress des producteurs qui est déjà a sont comble.

« L industrie laitière va déjà mal depuis quelques années. Quand je crois voir une lumière au bout du tunnel, une tuile comme celle-là nous tombe dessus.  Les fermes laitières familiales disparaissent peu à peu du paysage canadien et la cadence va s’accélérer, malheureusement. Est ce que la raison va finir.par prendre le dessus sur cette  passion qui m’habite depuis mon tout jeune âge ?  J’espère bien que non !

Il est encore plus important maintenant d’acheter les produits laitiers d’ici qui portent le logo des producteurs laitiers canadiens. »

Source : Journal l’Info Dimanche

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