Ferme Le Vert Mouton La plateforme souhaite créer un mouvement citoyen pour favoriser une transformation du système agroalimentaire du Québec.

Avec la plateforme « Goûter NOUS », Colombe St-Pierre, Christian Bégin et Donald Dubé souhaitent créer un mouvement citoyen pour favoriser une transformation progressive, mais radicale, du système agroalimentaire du Québec.

Les réflexions ont débuté bien avant la pandémie, mais lacrise a permis au projet d’éclore. Christian Bégin a profité de ses 77 jours de confinement dans le Bas-Saint-Laurent pour écrire les bases de « Goûter NOUS » et lancer un appel fougueux à la révolution et à la collaboration. Le texte, sorte de manifeste de la souveraineté et de l’autonomie alimentaire, a été publié le 10 avril dernier sur le site Web du magazine Caribou. L’animateur, acteur et épicurien s’y exprime au nom de la cellule mère de la plateforme, formée de Colombe St-Pierre, cheffe du restaurant Chez St-Pierre au Bic, de Donald Dubé, producteur de la ferme maraîchère Le Vert Mouton de Saint-Valérien, et de lui-même.

Dans cette présentation de « Goûter NOUS », M. Bégin revient sur la volonté de François Legault, mentionnée à plusieurs reprises lors de ses points de presse quotidiens, d’aller vers plus d’autonomie alimentaire : « Des paroles sans précédent qui se prononcent et qui deviennent l’amorce d’un geste. Il faut juste les aider à aller jusqu’au bout. Quand on entend de la bouche de notre premier ministre des mots comme “démondialisation”, quand Marcel Groleau, de l’Union des producteurs agricoles, évoque que “nous sommes peut-être allés trop loin”, il y a potentiellement quelque chose qui peut se mettre en marche. Quand on évoque la souveraineté alimentaire et l’agriculture nourricière dans les officines du pouvoir et dans des points de presse, il est légitime de penser qu’il y a une occasion à saisir. »Au Québec, depuis la fin des années 1980, les traités de libre-échange se sont multipliés et ont fait chuter l’autosuffisance alimentaire de la province de 80 % à 30 % actuellement.

Pour qui et pourquoi ?

« Goûter NOUS » est un réservoir d’informations, d’initiatives citoyennes, de partage d’expertises et de mise en commun d’un savoir visant à favoriser une transition vers une agriculture de même que des pêcheries écologiques et nourricières. Le groupe a l’intention de tabler sur le rapport Pronovost pour élaborer et proposer une politique agricole qui fera place à une plus grande cohabitation entre les différents types d’agriculture. « On veut développer une politique agricole qui s’échelonne sur du court, du moyen et du long terme. Si j’imagine un Québec plus souverain pour l’agriculture à long terme, je vois la multiplication des fermes de proximité, je vois une occupation du territoire différente, je vois la libération des productions hors quotas, je vois la possibilité des producteurs de vendre directement aux grandes surfaces plutôt que de devoir passer par un réseau de distribution absurde. J’imagine un certain protectionnisme agricole pour m’assurer que ce qui est produit ici nourrit des gens d’ici d’abord et avant tout », fait valoir Christian Bégin.

L’idée n’est pas d’exclure l’exportation, mais de nourrir notre monde avant tout. « Parce qu’il y a des absurdités dans cette culture de marché, souligne M. Bégin. Les poissons qu’on consomme viennent d’ailleurs et il y a plein d’espèces dans le Saint-Laurent qu’on peut manger. À cause d’un système mondialisé, la concurrence est tellement forte que ça devient plus cher d’acheter un poisson d’ici que d’acheter un pangasius et un tilapia. »

Le trio souhaite que la plateforme « Goûter NOUS » devienne la référence et le porte-voix des citoyens.« À nos yeux, sans la participation des citoyens, ce sera peine perdue. Ilfaut que le citoyen comprenne la démarche et sa portée. C’est un projet de société », indique Donald Dubé. De là les majuscules dans le nom du projet ! « Ce qu’on veut, c’est que la force du nombre puisse avoir un effet sur ceux qui nous dirigent », ajoute Christian Bégin. Un volet pédagogique est prévu au projet afin de mobiliser le plus de personnes possible.

Un commando « Goûter NOUS » a aussi été imaginé. Il réunit pour le moment une douzaine d’experts de différents domaines qui s’engagent pour que le Québec gagne en autonomie alimentaire. « On a un historien parce que, si on veut que les citoyens comprennent bien le projet, on va devoir retourner dans le passé et réapprendre. Dans les fermes de subsistance d’autrefois, il y avait des choses qui relevaient juste du gros bon sens. Nous devons en retenir ce qui était bien. Il ne s’agit pas de régresser, mais de récupérer tout ce qui était bien et de s’en servir pour construire tout ça. Ensuite, on va devoir faire valoir pourquoi il faut investir temps et argent en agriculture », soutient M. Dubé.

Par où commencer ?

Parmi les gestes concrets que les citoyens peuvent prioriser dès maintenant, Christian Bégin et Donald Dubé recommandent de manger local en suivant les saisons. « Il faut arrêter de penser qu’on peut avoir tout, tout le temps. Nous devons déprogrammer quelque chose que le marché mondialisé nous a fait croire,affirme Christian Bégin. Il y a un plaisir dans le fait d’attendre les fraises qui vont sortir au mois de juin. La notion de désir est importante dans notre rapport à ce qu’on mange. La joie de manger une fraise qu’on a désirée, il y a une notion poétique là-dedans qui est belle. »

Autres suggestions : consulter la plateforme « Goûter NOUS », fréquenter les marchés publics, s’abonner à des paniers bios, répéter aux commerçants que nous voulons acheter avant tout des produits d’ici, se réapproprier un savoir culinaire, développer notre propre palette de saveurs. « Qu’est-ce qu’on goûte, nous ? Ce territoire-là, qu’est-ce qu’il goûte ? », demande Christian Bégin. NOUS trouverons ensemble des réponses.

Source : Le Devoir

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