Pierre-Nicolas Girard, conférencier, et Jérôme Gaudreault, directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide.

TROIS-RIVIÈRES — Le nouvel Accord États-Unis-Mexique-Canada préoccupe au plus haut point les professionnels de la santé qui s’intéressent à la question de la santé mentale des agriculteurs et aura, à moyen terme, des effets néfastes sur la détresse psychologique qu’ils vivent déjà quotidiennement. C’est du moins l’avis de Pierre-Nicolas Girard, responsable de la santé psychologique à l’Union des producteurs agricoles.

M. Girard prononçait, mercredi, une conférence à l’hôtel Delta de Trois-Rivières dans le cadre du Grand forum de la prévention du suicide de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), qui rassemble plus de 400 spécialistes dans la région jusqu’à vendredi. Bien que ce sujet soit d’actualité depuis les dernières années et que cette conférence était prévue avant même l’achèvement des travaux entourant la négociation de cet accord, la nouvelle réalité commerciale qui a été imposée aux agriculteurs au cours des derniers jours a rapidement trouvé écho auprès des congressistes.

«C’est une grande déception», lance d’emblée Pierre-Nicolas Girard, qui ne doute certes pas que les effets négatifs se feront sentir à moyen terme, tant sur le transfert des fermes, l’endettement des agriculteurs et l’épuisement professionnel, tant de facteurs qui mènent en partie à la détresse psychologique et, pour certains, au suicide.

C’est que l’industrie vivait des années de croissance depuis environ huit ans, des années où plusieurs agriculteurs ont investi, souvent à coup de millions de dollars, sur leurs fermes pour les rendre plus performantes. Or, l’ouverture partielle des marchés européens et transpacifiques et, cette semaine, celui des États-Unis sont venus miner la garantie de stabilité du marché sur laquelle les agriculteurs pouvaient compter jusqu’ici. Et étant donné que 40 % des producteurs laitiers canadiens sont situés au Québec, la province souffrira doublement de cette entente.

«Ça vient créer le facteur de la goutte d’eau qui fera déborder le vase pour plusieurs», image M. Girard. La difficulté de transférer les fermes à la prochaine génération qui n’aura peut-être pas le goût du risque, mais également la baisse de rentabilité et la hausse du niveau d’endettement causera de la détresse, de l’épuisement professionnel dans cette profession déjà grandement affectée par la détresse psychologique. En effet, dans une récente étude, 57 % des agriculteurs disaient avoir vécu de grands moments de détresse au cours de l’année précédente. Par ailleurs, seulement 20 % disaient aller consulter.

Pierre-Nicolas Girard, au même titre que plusieurs autres spécialistes de la prévention du suicide et de la détresse psychologique chez les agriculteurs, plaide maintenant pour une meilleure adaptation des services dispensés aux agriculteurs en détresse, en tenant compte de leur réalité. «Lorsqu’un agriculteur reçoit un diagnostic de burn-out et qu’on le renvoie se reposer chez lui, on le renvoie sur sa ferme. C’est précisément à cet endroit que se trouve son facteur de stress. Ces personnes doivent être traitées de façon particulière», croit-il, ajoutant qu’il importe aussi de sensibiliser les agriculteurs à un meilleur équilibre de vie.

Par ailleurs, la formation Sentinelle, qui vise à former des personnes capables de déceler la détresse psychologique dans les milieux de travail notamment, devient un outil indispensable dans le milieu de l’agriculture, soutient M. Girard.

Forum

Au total, ce sont plus de 400 spécialistes de tous les horizons entourant la prévention du suicide qui sont réunis jusqu’à vendredi à Trois-Rivières. Dans un contexte où les pratiques en prévention du suicide évoluent, mais que les réalités sociales sont également en mouvement, l’AQPS soutient qu’il s’agit d’une grande richesse que de pouvoir centrer un forum spécialement sur la question de la prévention du suicide.

«On doit toujours se remettre en question, se demander ce qu’on peut faire de mieux et adapter nos manières d’intervenir», signale Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS. D’ailleurs, les spécialistes se pencheront sur divers thèmes à travers une cinquantaine d’ateliers, dont l’intervention en prévention et en postvention à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, par exemple.

Au Québec, ce sont trois personnes par jour qui s’enlèvent la vie, rappelle M. Gaudreault. Il existe de l’aide auprès de plusieurs ressources, dont la ligne téléphonique 1-866-APPELLE.

Source : Journal le Nouvelliste

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